dimanche 21 février 2010

Malacca - Part 2

Pour ceux qui éventuellement se demandent "mais pourquoi Part 2 ?!", cliquez précisément ici pour accéder à la première partie de ce billet, et obtenir une réponse.

Malacca, tout le monde vous le dira, c'est la ville historique de la Malaisie. Le slogan officiel de l'office du tourisme du pays est d'ailleurs le suivant : "visiter Malacca, c'est visiter la Malaisie". Et de ce point de vue on ne sera pas déçu. Malacca, non contente d'avoir été LE port d'Asie du sud-est commerçant avec toute les puissances alentours (Chine, Siam, Inde et même les Arabes, qui passaient par la route de la soie), a été tour à tour, dans sa période "coloniale" (ou plutôt "colonisée", comme il conviendrait de l'appeler), portugaise, hollandaise, puis anglaise avant de revenir à qui de droit, les malais bien entendu (mais beaucoup plus tard).
Sa culture est également fortement empreinte par la culture chinoise, dont les ressortissants se sont installés en masse au 15ième siècle, pour donner la culture "Baba Nyonya", ou encore les péranakans, comme on les appellent à Singapour. Malacca compte aujourd'hui plus de 40% de chinois, pour 50% de malais et 10 % de divers et variés, dont les "cristao", les descendants des colons portugais, catholiques (ces derniers parlant un dialecte issu du portugais des premiers colons, qui n'est plus compris au Portugal).

Après les faits et détours de l'histoire, place à la visite. On commence par une colline, St Paul's Hill, qui abrite la plupart des ruines coloniales. Il y a tout d'abord la porte "porta Santiago", une des 6 portes originelles du fort portugais qui ceinturait la ville. Il fut détruit par les anglais et seuls les efforts de Sir Raffles (le père fondateur de Singapour, qui aimait bien les vieux trucs) sauvèrent la dernière porte de la destruction.

En bas de la colline, la porte, et en haut, l'église St Paul. Et au premier plan, on ne vous présente plus la meute de trishaws.

À l'intérieur de l'église (dont le toit n'est plus qu'un souvenir) sont exposé des pierres tombales : en effet, après le départ des portugais (qui utilisaient l'église normalement), les hollandais s'en servirent comme cimetière. 

Quelques-unes des pierres tombales arborent des symboles bien mystérieux...

On oblique ensuite pour aller au palais du sultan. Car pour ceux qui ne le savent pas, la Malaisie est musulmane, et ce depuis le XVème siècle, par l'intermédiaire des marchands arabes dont je vous ai déjà parlé. Le palais est très beau, tout en bois, et monté sans un seul clou, et même si ce n'est qu'une réplique que l'on visite, le bâtiment est très impressionnant. On y détaille les habits locaux, les coutumes, les histoires locales, notamment celle des 5 guerriers dont vous allez bientôt entendre parler.

Le palais, monté sur pilotis, comme toutes les habitations traditionnelles malaises. L'original a brûlé dans un incendie...

L'intérieur, aménagé en musée sur trois étages.

A cela il faut ajouter les jardins, car tout bon sultan à un jardin interdit. Le panneau nous explique qu'il n'y a pas de preuve formelle que ce jardin existait mais comme tous les autres palais des sultans en avaient un, on voit pas pourquoi celui là ferait exception, d'autant qu'il est censé être le fleuron des palais. Le jardin interdit est bien entendu réservé aux femmes, pour leurs jeux... machisme quand tu nous tiens.

Bon, on vous l'accorde ils sont quand même pas mal du tout ces jardins, même sous un soleil de plomb. Vous remarquerez que je suis en jeans T-shirt, non pour la fraîcheur qu'offre ses vêtements mais par respect pour l'autochtone.

"De l'eau... blaaarg."

Je vais maintenant vous expliquer une des légendes fondatrices de Malacca : la légende des 5 guerriers. Il était une fois, au XVième siècle, cinq amis d'enfance avec quasiment le même nom (Hang Tuah, Hang Jebat, Hang Kasturi, Hang Lekir et Hang Lekiu - les trois derniers étant dans cette anecdote des PNJs de second plan, inutile de les retenir), tous plus balaises les uns que les autres, qui un jour sauvent la vie du sultan Mansur Shah et de se faire enrôler par ce dernier. Il échoit à Hang Tuah d'être le commandant de la garde rapprochée du Shah, ce qui ne tarde guère à attiser les convoitises. Les méchants intrigants de la cour répandent le bruit que Hang Tuah, avec le peu d'honneur qui le caractérise, se tape une des concubines du roi, et ce dernier, bête comme ses pieds, ordonne son exécution. Le premier ministre, un soupçon plus subtil que son supérieur, est persuadé de l'innocence du gentil guerrier, le sauve en catimini de l'exécution et le cache, disons dans les bois pas loin. Pendant ce temps là au palais, son ami (parmi les 5) Hang Jebat, en apprenant l'ignominie du sultan rentre en mode berserk (rage incontrôlable, qui a un nom en malais : "amok") et commence à tout tuer sur son passage pour se frayer un chemin jusqu'au sultan. Le sultan comme à se faire légèrement dessus et regrette amèrement son acte, quand le bon premier ministre lui révèle sa supercherie. Le sultan ne se sent plus de joie et ordonne d'aller chercher Hang Tuah pas loin dans les bois pour le sortir de ce mauvais pas. S'en suit un face à face déchirant entre Hang Jebat et Hang Tuah, où le premier lui fait part de son incrédulité et de sa colère tandis que l'autre, lui explique qu'il doit le combattre quand même pour son honneur. Après une lutte acharnée de trois jours et trois nuits devenue légendaire, Hang Tuah tue son ami de toujours avec son non moins légendaire Kriss, forgé avec 20 métaux différents, et possédant paraît-il de fabuleux pouvoir (probablement une arme Vorpale +1 ou +2, l'Histoire ne le dit pas). La fin.
Mais pourquoi vous raconte-t-on cette histoire ? Et bien comme les malais sont fiers de leurs traditions, on retrouve les noms des deux frères ennemis un peu partout en ville, les rues nommées en leur honneur pullulent, ou encore...

Étonnant, non ?

Pour continuer la visite, direction China Town, paré de ses plus beaux atours le nouvel an chinois, qui tombe cette année le jour de la saint-Valentin. Voici un exemple de ce que l'on appelle la culture Nyonya :

Ce sont des maisons très profondes, qui on souvent un jardin de l'autre coté que l'on ne voit pas. Les décorations devant sont colorés avec des motif floraux.

On pousse plus avant dans le quartier pour aller rendre visite au plus vieux temple chinois de Malaisie. L'extérieur est fort beau, mais c'est la foule en dévotion à l'intérieur qui nous attire le plus.

La magnifique porte du temple, qui rend cependant difficilement justice à la majesté de l'ensemble (bien trop majestueux pour entrer dans mon cadre, surtout depuis une rue aussi étroite).

Il y a de l'encens partout et certains en tiennent par paquet dans leur main au dessus du front et se penchent, on le suppose, aux cadences de leur prière silencieuse.

Deux ruelles plus loin, nous allons nous recueillir devant la tombe de Hang Jebat, au destin cruel que nous avons narré susditement.

Remarque intéressante, en nous retournant pour partir, nous découvrons un soutien gorge bleu turquoise à dentelle, ma foi, d'un fort beau gabarit. Sans doute échappé d'une des terrasses avoisinantes, sa présence en ces lieux sacro-saints cernés de barbelé (si, si) nous a bien fait rire.

Le soir, on décide d'aller manger au Portuguese Settlement, dont le guide du Routard nous précise qu'il n'y a rien à y voir mais tout à y manger, ce qui nous arrange. Arrivés sur place on ne sera pas déçu, il n'y a effectivement rien à voir (à part une jetée sur la mer et une fête de village), mais par contre tout les restaurants sont pleins et ils nous faudra attendre dûment notre place. Au repas poisson à la portugaise pour Bertrand et des crevettes à la vapeur pour moi. Je voulais prendre du crabe, mais c'était minimum deux, et je n'étais pas sur de pouvoir tout contenir. Comme d'habitude les tarifs défient toute concurrence.

Miôm, miôm, miôm.

Un petit détail. Avant de partir on nous a répéter un peu partout que tout risquait d'être fermé pour cause de nouvel an chinois. A tel point, que l'on est parti avec 4 instant noodles, pour être sur de ne pas mourir de faim dans ces contrées hostiles. Cependant sur place, force est de contaster que "fermé" en France et "fermé" en Malaisie sont deux concepts opposés. On vous laisse juger :

Le soir du nouvel an chinois, désertique.

Le lendemain on s'est levé tard et on a décidé de faire un parc avec des maisons grandeurs natures de malaisie et d'ailleurs (Mini Malaysia). Sachez juste que ça ne vaut pas le détour, que la musique qui y est diffusée (fort en plus) est exécrable et que le seul fait notoire est la suée que l'on s'est pris dans le bus du retour avec nos compagnons d'infortune. Du coup, pour terminer ce billet, quelques images supplémentaires de Malacca, en vrac :

Vue sur China Town depuis l'autre rive.


Les trottoirs de China Town demandent une vigilance de tous les instants... on frôle la mort à chaque pas.

Un des arbres monumentaux qui ornent tranquillement l'une des rues piétonnes de la ville. Impressionnant.

Sur les quais, on trouve cette roue, autrefois utilisée pour alimenter les docks en eau douce provenant de la rivière.

Coucher de soleil depuis St Paul's hill... la silhouette sans âge de la caravelle qui se détache au loin est celle du musée maritime.

En espérant que cette visite vous aura plu, en ce qui nous concerne ce week-end nous a donné envie de retourner en Malaisie... sur ce, salutations !

jeudi 18 février 2010

Malacca - Part 1

Ce week-end, c'était le nouvel an chinois, avec son lot de festivités, mais surtout ses deux jours de congés pour les travailleurs... et pour 4 jours d'appréciable oisiveté, c'est à Malacca que nous avons jeté l'ancre. Première petite parenthèse : en Malaisie, on dit Melaka et non Malacca, vous risquez d'entendre (ou plutôt de lire) l'un ou l'autre tout au long de ces billets. Oui, "ces" billets avez-vous lu, ce qui nous amène au deuxième petit détail : pour des raisons pratiques (essentiellement pour le confort de lecture et de navigation sur le blog), notre première excursion en Malaisie sera découpée en deux parties (d'où le titre - très explicite - de ce billet).

Passons allègrement sur le trajet (7 heures de bus, dont 2 pour passer la frontière singapourienne... kof, kof). Notre premier contact avec Malacca se trouve être la Melaka Sentral Station, que vous aurez probablement identifié comme la gare routière de la ville.

Le vaste bâtiment abritant la gare routière, beaucoup plus fourni en restaurants et boutiques de fringues diverses qu'en services réellement liés au réseau routier... un endroit bruyant, grouillant de monde, et donc accueillant pour l'expatrié moyen en mal de dépaysement.

Après quelques minutes bien méritées de restauration (car il fait faim), nous mettons le cap vers le prochain bus en partance pour Malacca, et cette étape vaut en elle-même son pesant de cacahuètes. D'une part parce que les bus sont bien plus pittoresques que leurs homologues singapouriens :

Des vrais bus comme on les aime, sans la clim' réglée sur -8°C, sans l'affichage digital des arrêts qui ne marche qu'une fois sur deux, sans système de validation des tickets automatique...

... et avec un intérieur des plus rustiques, mais où il manque rarement des places assises.

D'autre part, parce que la relax-attitude transpire dans la gestion des voyages en bus, et c'est tant mieux (oui, je m'étale sur ces histoires de bus, mais je pense qu'une analyse sociale des différences entre malaisiens et singapouriens pourrait être faite en se basant sur la comparaison de leurs systèmes de transport respectifs) : ici, l'achat du billet se fait parfois en montant, des fois en descendant, et d'autres fois un monsieur circule et le fait payer en cours de route ; il y a bien des arrêts de bus, mais on les respecte rarement, et le chauffeur s'arrête volontiers ailleurs que prévu, en fonction des demandes des gens ; il est bien difficile de dire quel bus va où, et bien peu sont les élus à le savoir... le mieux reste de héler un bus en approche, et de demander au chauffeur s'il passe pas trop loin de là où l'on souhaite descendre. Quant au tarif, il oscille entre 1 RM (monnaie de la Malaisie, le Ringgit) et 2,50 RM par trajet, et dépend de moult paramètres mystérieux... on est bien loin de la rigueur du système singapourien millimétré et de sa double validation du ticket (à l'entrée et à la descente). Bref. Vingt minutes et quelques profondes réflexions sur la nature de l'Homme plus loin, nous descendons sur la place centrale de Malacca, où la température doit bien flirter avec les 35°C en cette fin d'après-midi, aussi nous hâtons-nous vers notre foyer en cette terre inconnue.

Pour ces quelques jours, nous avons choisi comme base d'opération une guesthouse, comprendre par là une maison aménagée par son propriétaire pour recevoir des hôtes. On se loge ainsi chez l'habitant, pour une somme modique, on rencontre d'autres voyageurs, on récolte des astuces de la part du maître de maison, tout en ayant un aperçu des lois de l'hospitalité locales. Plutôt sympa, en somme.

Le living-room de la guesthouse, avec moult vieux trucs que ne renieraient pas un brocanteur, notamment le vieux gramophone... sinon, sachez que l'on enlève systématiquement ses chaussures dès que l'on entre dans la demeure d'autrui ici.

Un brin requinqués par notre passage dans ce havre de fraîcheur (disons que l'on y survit à 30°C, ce qui constitue un net progrès par rapport à l'extérieur), nous repartons à l'aventure à travers les rues de la ville. Cette dernière est d'une dimension beaucoup plus humaine que Singapour, et, surtout, possède un centre historique, avec ses vieux bâtiments, ses ruines... choses dont Singapour n'est (hélas) pas dotée. L'aseptisation de Singapour n'a pas eu lieu ici, les quartiers se suivent et ne se ressemblent pas.

Malacca est connue en Malaisie comme étant la ville rouge, vous comprendrez aisément pourquoi.

La ville est traversée par un canal, porteur d'une bien maigre fraîcheur, qui n'est cependant pas malvenue.

Sur les bords d'une artère de la circulation, on tombe sur une petite rue désuète à l'abandon, qui donne sur le front de mer, encombré d'immeubles en construction.

Vue depuis la terrasse de notre guesthouse : un troupeau de tôle ondulée d'où émerge les élégantes toitures des temples chinois, dominés par la robuste carcasse d'une barre HLM vieillissante.

Le mieux pour se rendre compte d'une ville, c'est de prendre de la hauteur... oui, c'est bien un sigle Carrefour que vous apercevez au loin sur le haut du gros bâtiment couleur sable. Mais les plus observateurs d'entre vous ne manqueront pas de s'interroger sur les silhouettes jaunes fluos en bas, près des vestiges en ruines...


Et sous vos yeux ébahis par tant de kitschitude, voici les trishaws, ZE moyen de locomotion tape-à-l'oeil made in Malacca... imaginez donc cette engin, dont l'isostatisme douteux est un défi à l'imagination du concepteur mécanique, déambulant par paquet de trois ou quatre sur fond de musique techno/pop/rock/ringarde/langoureuse (généralement tout à la fois, puisque chaque véhicule met sa propre sono à fond), et proposant ses services pour transporter une ou deux personnes au mépris des (rares) règles de sécurité routière en activité. Les touristes comme les locaux l'utilisent beaucoup, et pour avoir essayer, c'est vraiment sympa pour se promener en ville.
Et la nuit, accrochez-vous, ça donne ça :

Là encore, regarder cette vidéo en écoutant un remix techno des Lacs du Connemara ne nuirait pas à son réalisme.

Et pendant ce temps-là, à China Town (et oui, y'en a une là-bas aussi), on se prépare au nouvel an chinois :

Du rouge et de l'or partout, et des tentures qui s'installent. La grande rue de China Town a été bloquée pour l'occasion, ce qui n'est pas du luxe dans cette ville où la circulation des voitures ne connaît pas de trêve.

Avec la nuit s'illuminent les multiples lampions qui décorent chaque maison, et la rue baigne dans une lueur orangée. Partout, des stands de ventes sont installés, détaillant au choix de la nourriture (très étrange parfois), des bibelots, ou des boissons variées.

Très vite, la rue se remplit d'une foule dense, au son des musiciens installés par-ci par-là, et des pétards qui éclatent un peu partout. Ces derniers continueront d'ailleurs de se faire entendre pendant au moins deux jours, à n'importe quelle heure.

C'est sur ces images festives, et en vous souhaitant un agréable passage dans l'année du Tigre, que prend fin ce premier biller sur Malacca, avec comme conclusion très rapide : la Malaisie, c'est chouette.
La suite très rapidement, c'est promis !

vendredi 12 février 2010

Thaipusam

Le weekend dernier avait lieu une fête hindoue importante : Thaipusam. Dans les grandes lignes il s'agit de commémorer la naissance de Murugan (dieu hindou de la guerre), en plus de quelques-uns de ses exploits, et pour certains d'invoquer son aide par le biais d'offrandes matérielles, physiques et spirituelles (ce blog s'envole vers des sommets cosmiques insoupçonnés, amis de la terre ferme, accrochez-vous). La communauté tamoul de Singapour, apprend-on, est très active lors de ce festival, ce qui fait de la cérémonie locale l'une des plus importantes du monde... bref, nous avons voulu voir ce qu'il en était. On en parle donc avec Sharm, notre colloc' (et informatrice infaillible des mystères de l'île du Lion), elle nous conseille le voyage et nous recommande d'y aller tard dans la nuit, pour assister au départ de la manifestation. On se retrouve donc à Little India le vendredi soir à 23h30, la manifestation étant censée commencer à minuit. Il y a beaucoup de voitures de police garées, et contrairement à leur habitude, les policiers font étalage de leur costume. On remonte Serangoon Road, au bout d'un moment on se rend compte qu'il y a un couloir fait de barrières sur le trottoir opposé. On décide de le suivre jusqu'à la source. On s'avance et la foule se densifie à nos côtés.

Le quartier s'est fait beau pour l'occasion... tous les commerces ou presque sont ouverts, et la musique se répercute dans tous les coins de rue. On comprend vite que Little India ne dormira pas cette nuit.

Le circuit proprement délimité (nous sommes à Singapour, ne l'oublions pas) des dévots du Thaipusam est encore vide, mais pas pour très longtemps.

Les personnes qui effectuent le rituel sont habillées en jaune-orange, couleur sacrée du festival. Ils sont pieds nus. Entretemps nous nous sommes un peu renseignés sur la cérémonie : le but (pour ceux qui veulent recevoir l'aide de Murugan) est de porter du lait dans des jattes sur 4,5 km, d'un temple de Little India à un autre, manière de prouver son humilité envers le dieu, mais aussi sa dévotion, puisque certains (qui doivent franchement avoir besoin de l'aide du dieu, genre pour passer devant un pré-jury ou un truc du même style) corsent un peu la difficulté de l'épreuve en se plantant des aiguilles à même la peau ou à travers les lèvres et la langue (un peu comme des fakirs). L'autre moyen de prouver que sa piété est bien meilleure que celle du voisin consiste à alourdir subtilement la charge initiale : une partie des hommes portent donc des kavadis. Ces assemblages contiennent également du lait, mais arborent aussi des plumes de paon, et des petites statuettes, le tout sur une structure boisée en forme d'autel. Certains de ces machins peuvent peser jusqu'à 25kg. Ils sont en tout cas très encombrants, et le reste de la soirée se passera à jouer à éviter le kavadi. Mais la plupart des femmes et des hommes porte seulement de petits pots remplis de lait sur leur tête.

En arrivant à l'entrée du temple il est difficile de se tromper. Il y a foule, un homme débite un flot de parole incompréhensible au haut parleur, vraisemblablement en hindi ou en tamoul. C'est ici que se préparent les dévots, tous ensemble, dans un joyeux brouhaha.

La foule est dense dans l'enceinte du temple, et l'on se sent immédiatement happé par l'odeur de l'encens qui baigne l'endroit.

Chaque personne désireuse de rejoindre le cortège se prépare selon un ordre bien précis autour d'un autel improvisé comme celui-ci : le croyant y lave sa jatte, y procède à des libations utilisant le feu et la fumée, y prépare le lait et s'y maquille.

Une fois prêts, les participants s'alignent en attendant gentiment que le départ du temple soit lancé. Des autocollants numérotés permettent de reconnaitre les participants, comme dans les cross de nos années de primaires.

La cérémonie est principalement célébrée par la communauté tamoule de Singapour, mais cette dernière n'en a pas l'exclusivité, puisque nombre de chinois y participent aussi.

Les odeurs sont très fortes, celles de l'encens masquant toutes les autres : fleurs de jasmin dans les cheveux des femmes, guirlandes de marigold autour des pots, et sueur commune (Merci l'encens). En plus de la sueur tous les participants doivent prendre une douche avant de commencer, de sorte que chaque pression de la foule nous fait rencontré des corps plus ou moins moites. La préparation de leur rituel est un bonheur pour les yeux. On dispose d'abord tous les ingrédients sur des feuilles de bananiers. Puis on allume de l'encens, qui trouvera une grappe de banane pour socle. Ensuite on allume un petit charbon, et l'on fait des trucs de purifications qui nous paraissent, païens que nous sommes, aussi dérisoires que le signe de croix. On purifie les jattes avec la fumée (ça pique les yeux), puis on procède au remplissage de lait de manière très désordonné, comme si inonder le passage était normal. Certains participants se plongent également dans une transe via des incantations rythmées prononcées par eux-mêmes et des proches venus les assister. Ces chants étranges donnent une sorte de tempo à la foule, qui semble vibrer de plus en plus au fur et à mesure que les transes se multiplient. À environ minuit et demi, le départ est donné, et la foule se lance dans la rue.


Ce n'est pas visible dans la vidéo (à ce propos, s'il n'y a pas de son, c'est parfaitement normal), mais le périple est agrémenté de multiples stands de ravitaillement pour les marcheurs, en boissons et mets divers.

Nous ne suivrons hélas pas le cortège jusqu'au bout, pour cause de "y'en a qui bossent demain et il se fait tard", mais cela ne nous aura pas empêché de profiter pleinement de l'expérience... à noter que la présence de deux occidentaux un peu perdus dans le grand temple n'a choqué personne. L'un des nombreux avantages de la mixité singapourienne...

Sur ces bonnes paroles, bonne fin de weekend à tous, et à bientôt !