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lundi 9 août 2010

Majulah Singapura

Aujourd'hui, sachez-le, c'est la fête nationale singapourienne : car voilà, il y a de cela 45 ans, le 9 août de l'an de grâce 1965, Singapour accédait à l'indépendance vis-à-vis de la Malaisie. Et outre le caractère délicieusement férié de ce jour, Singapour a sa "National Day Parade" (NDP pour les intimes), évènement auquel j'ai décidé d'assister.

Je n'ai techniquement pas trop eu le choix : depuis un bon mois, les médias nous bombardent de spots télévisés à la gloire de la NDP 2010 "qui va grave trop déchirer", et nous rappelle au passage que ça se passe le 9 août (au cas où certain se demanderaient si ça a changé depuis l'an dernier). De plus, cela fait quelques semaines que fleurissent sur les façades des HDB des drapeaux singapouriens, accrochés par les résidents :

Le vainqueur du quartier, avec à peu près 70% de balcons décorés.

Petite parenthèse organisationnelle : la NDP singapourienne, c'est comme le 14 juillet ou le 11 novembre chez nous, la dimension Walt Disney en plus. De fait, ceux qui veulent assister à l'intégralité du "show" doivent réserver leur place (payante - business is business) dans les gradins de la scène principale 6 mois à l'avance... vous l'avez deviné, ce n'est pas mon cas. De fait, je n'ai pu que me promener aux alentours et voir la partie public du défilé, autrement dit les coulisses du spectacle. Coulisses dont se contente l'immense majorité de la population singapourienne.

En arrivant sur place, je suis content d'avoir eu l'impulsion d'enfiler un tee-shirt rouge ce matin :

Le rouge et le blanc : les couleurs de Singapour. La plupart des gens qui se déplacent pour le défilé opte pour l'une ou l'autre de ces teintes.

Le défilé est ma foi très classique : on commence avec la partie piétonne des forces singapouriennes, et son immanquable fanfare.

Suivent ensuite les blindés (classique là encore), rien de bien fou me direz-vous, sauf si l'on considère la taille du pays... Singapour possède une force armée conséquente pour une nation de cette taille, notamment en force de frappe aérienne...

... dont voici l'unité la plus caractéristique : le parapente fumigène ! Tremble, occident.

Le moment qui fait peur : à l'arrière plan, vous pouvez apercevoir de la fumée, et quelques affûts encore fumant... et bien ça surprend, un obusier qui fait feu à moins de 50 mètres de soi. Vraiment.

Suivent enfin les unités de défense civile.

La baisse de luminosité m'interdira de vous fournir des images supplémentaires, car ici, le défilé est en soirée, et enchaîne directement avec le feu d'artifice (la nuit qui tombe à 7h00 ça aide).

Pour résumer, une ambiance bon enfant de fête d'anniversaire (si l'on excepte le côté militaire), mais un bémol quand même : qui dit "jour férié" dit "tout est fermé" ? Et non. Car pendant que les tanks défilent sur la place de l'Esplanade, une bonne moitié de la population continue de faire ses courses dans les souterrains de la ville pour profiter des "NDP sales 70%", comme si de rien n'était... le shopping et les économies restant la principale préoccupation d'une grosse partie de la population, quoi que fasse le gouvernement pour l'en dérider.

Sur ce, bonne semaine, et à la prochaine.

jeudi 18 février 2010

Malacca - Part 1

Ce week-end, c'était le nouvel an chinois, avec son lot de festivités, mais surtout ses deux jours de congés pour les travailleurs... et pour 4 jours d'appréciable oisiveté, c'est à Malacca que nous avons jeté l'ancre. Première petite parenthèse : en Malaisie, on dit Melaka et non Malacca, vous risquez d'entendre (ou plutôt de lire) l'un ou l'autre tout au long de ces billets. Oui, "ces" billets avez-vous lu, ce qui nous amène au deuxième petit détail : pour des raisons pratiques (essentiellement pour le confort de lecture et de navigation sur le blog), notre première excursion en Malaisie sera découpée en deux parties (d'où le titre - très explicite - de ce billet).

Passons allègrement sur le trajet (7 heures de bus, dont 2 pour passer la frontière singapourienne... kof, kof). Notre premier contact avec Malacca se trouve être la Melaka Sentral Station, que vous aurez probablement identifié comme la gare routière de la ville.

Le vaste bâtiment abritant la gare routière, beaucoup plus fourni en restaurants et boutiques de fringues diverses qu'en services réellement liés au réseau routier... un endroit bruyant, grouillant de monde, et donc accueillant pour l'expatrié moyen en mal de dépaysement.

Après quelques minutes bien méritées de restauration (car il fait faim), nous mettons le cap vers le prochain bus en partance pour Malacca, et cette étape vaut en elle-même son pesant de cacahuètes. D'une part parce que les bus sont bien plus pittoresques que leurs homologues singapouriens :

Des vrais bus comme on les aime, sans la clim' réglée sur -8°C, sans l'affichage digital des arrêts qui ne marche qu'une fois sur deux, sans système de validation des tickets automatique...

... et avec un intérieur des plus rustiques, mais où il manque rarement des places assises.

D'autre part, parce que la relax-attitude transpire dans la gestion des voyages en bus, et c'est tant mieux (oui, je m'étale sur ces histoires de bus, mais je pense qu'une analyse sociale des différences entre malaisiens et singapouriens pourrait être faite en se basant sur la comparaison de leurs systèmes de transport respectifs) : ici, l'achat du billet se fait parfois en montant, des fois en descendant, et d'autres fois un monsieur circule et le fait payer en cours de route ; il y a bien des arrêts de bus, mais on les respecte rarement, et le chauffeur s'arrête volontiers ailleurs que prévu, en fonction des demandes des gens ; il est bien difficile de dire quel bus va où, et bien peu sont les élus à le savoir... le mieux reste de héler un bus en approche, et de demander au chauffeur s'il passe pas trop loin de là où l'on souhaite descendre. Quant au tarif, il oscille entre 1 RM (monnaie de la Malaisie, le Ringgit) et 2,50 RM par trajet, et dépend de moult paramètres mystérieux... on est bien loin de la rigueur du système singapourien millimétré et de sa double validation du ticket (à l'entrée et à la descente). Bref. Vingt minutes et quelques profondes réflexions sur la nature de l'Homme plus loin, nous descendons sur la place centrale de Malacca, où la température doit bien flirter avec les 35°C en cette fin d'après-midi, aussi nous hâtons-nous vers notre foyer en cette terre inconnue.

Pour ces quelques jours, nous avons choisi comme base d'opération une guesthouse, comprendre par là une maison aménagée par son propriétaire pour recevoir des hôtes. On se loge ainsi chez l'habitant, pour une somme modique, on rencontre d'autres voyageurs, on récolte des astuces de la part du maître de maison, tout en ayant un aperçu des lois de l'hospitalité locales. Plutôt sympa, en somme.

Le living-room de la guesthouse, avec moult vieux trucs que ne renieraient pas un brocanteur, notamment le vieux gramophone... sinon, sachez que l'on enlève systématiquement ses chaussures dès que l'on entre dans la demeure d'autrui ici.

Un brin requinqués par notre passage dans ce havre de fraîcheur (disons que l'on y survit à 30°C, ce qui constitue un net progrès par rapport à l'extérieur), nous repartons à l'aventure à travers les rues de la ville. Cette dernière est d'une dimension beaucoup plus humaine que Singapour, et, surtout, possède un centre historique, avec ses vieux bâtiments, ses ruines... choses dont Singapour n'est (hélas) pas dotée. L'aseptisation de Singapour n'a pas eu lieu ici, les quartiers se suivent et ne se ressemblent pas.

Malacca est connue en Malaisie comme étant la ville rouge, vous comprendrez aisément pourquoi.

La ville est traversée par un canal, porteur d'une bien maigre fraîcheur, qui n'est cependant pas malvenue.

Sur les bords d'une artère de la circulation, on tombe sur une petite rue désuète à l'abandon, qui donne sur le front de mer, encombré d'immeubles en construction.

Vue depuis la terrasse de notre guesthouse : un troupeau de tôle ondulée d'où émerge les élégantes toitures des temples chinois, dominés par la robuste carcasse d'une barre HLM vieillissante.

Le mieux pour se rendre compte d'une ville, c'est de prendre de la hauteur... oui, c'est bien un sigle Carrefour que vous apercevez au loin sur le haut du gros bâtiment couleur sable. Mais les plus observateurs d'entre vous ne manqueront pas de s'interroger sur les silhouettes jaunes fluos en bas, près des vestiges en ruines...


Et sous vos yeux ébahis par tant de kitschitude, voici les trishaws, ZE moyen de locomotion tape-à-l'oeil made in Malacca... imaginez donc cette engin, dont l'isostatisme douteux est un défi à l'imagination du concepteur mécanique, déambulant par paquet de trois ou quatre sur fond de musique techno/pop/rock/ringarde/langoureuse (généralement tout à la fois, puisque chaque véhicule met sa propre sono à fond), et proposant ses services pour transporter une ou deux personnes au mépris des (rares) règles de sécurité routière en activité. Les touristes comme les locaux l'utilisent beaucoup, et pour avoir essayer, c'est vraiment sympa pour se promener en ville.
Et la nuit, accrochez-vous, ça donne ça :

Là encore, regarder cette vidéo en écoutant un remix techno des Lacs du Connemara ne nuirait pas à son réalisme.

Et pendant ce temps-là, à China Town (et oui, y'en a une là-bas aussi), on se prépare au nouvel an chinois :

Du rouge et de l'or partout, et des tentures qui s'installent. La grande rue de China Town a été bloquée pour l'occasion, ce qui n'est pas du luxe dans cette ville où la circulation des voitures ne connaît pas de trêve.

Avec la nuit s'illuminent les multiples lampions qui décorent chaque maison, et la rue baigne dans une lueur orangée. Partout, des stands de ventes sont installés, détaillant au choix de la nourriture (très étrange parfois), des bibelots, ou des boissons variées.

Très vite, la rue se remplit d'une foule dense, au son des musiciens installés par-ci par-là, et des pétards qui éclatent un peu partout. Ces derniers continueront d'ailleurs de se faire entendre pendant au moins deux jours, à n'importe quelle heure.

C'est sur ces images festives, et en vous souhaitant un agréable passage dans l'année du Tigre, que prend fin ce premier biller sur Malacca, avec comme conclusion très rapide : la Malaisie, c'est chouette.
La suite très rapidement, c'est promis !

vendredi 12 février 2010

Thaipusam

Le weekend dernier avait lieu une fête hindoue importante : Thaipusam. Dans les grandes lignes il s'agit de commémorer la naissance de Murugan (dieu hindou de la guerre), en plus de quelques-uns de ses exploits, et pour certains d'invoquer son aide par le biais d'offrandes matérielles, physiques et spirituelles (ce blog s'envole vers des sommets cosmiques insoupçonnés, amis de la terre ferme, accrochez-vous). La communauté tamoul de Singapour, apprend-on, est très active lors de ce festival, ce qui fait de la cérémonie locale l'une des plus importantes du monde... bref, nous avons voulu voir ce qu'il en était. On en parle donc avec Sharm, notre colloc' (et informatrice infaillible des mystères de l'île du Lion), elle nous conseille le voyage et nous recommande d'y aller tard dans la nuit, pour assister au départ de la manifestation. On se retrouve donc à Little India le vendredi soir à 23h30, la manifestation étant censée commencer à minuit. Il y a beaucoup de voitures de police garées, et contrairement à leur habitude, les policiers font étalage de leur costume. On remonte Serangoon Road, au bout d'un moment on se rend compte qu'il y a un couloir fait de barrières sur le trottoir opposé. On décide de le suivre jusqu'à la source. On s'avance et la foule se densifie à nos côtés.

Le quartier s'est fait beau pour l'occasion... tous les commerces ou presque sont ouverts, et la musique se répercute dans tous les coins de rue. On comprend vite que Little India ne dormira pas cette nuit.

Le circuit proprement délimité (nous sommes à Singapour, ne l'oublions pas) des dévots du Thaipusam est encore vide, mais pas pour très longtemps.

Les personnes qui effectuent le rituel sont habillées en jaune-orange, couleur sacrée du festival. Ils sont pieds nus. Entretemps nous nous sommes un peu renseignés sur la cérémonie : le but (pour ceux qui veulent recevoir l'aide de Murugan) est de porter du lait dans des jattes sur 4,5 km, d'un temple de Little India à un autre, manière de prouver son humilité envers le dieu, mais aussi sa dévotion, puisque certains (qui doivent franchement avoir besoin de l'aide du dieu, genre pour passer devant un pré-jury ou un truc du même style) corsent un peu la difficulté de l'épreuve en se plantant des aiguilles à même la peau ou à travers les lèvres et la langue (un peu comme des fakirs). L'autre moyen de prouver que sa piété est bien meilleure que celle du voisin consiste à alourdir subtilement la charge initiale : une partie des hommes portent donc des kavadis. Ces assemblages contiennent également du lait, mais arborent aussi des plumes de paon, et des petites statuettes, le tout sur une structure boisée en forme d'autel. Certains de ces machins peuvent peser jusqu'à 25kg. Ils sont en tout cas très encombrants, et le reste de la soirée se passera à jouer à éviter le kavadi. Mais la plupart des femmes et des hommes porte seulement de petits pots remplis de lait sur leur tête.

En arrivant à l'entrée du temple il est difficile de se tromper. Il y a foule, un homme débite un flot de parole incompréhensible au haut parleur, vraisemblablement en hindi ou en tamoul. C'est ici que se préparent les dévots, tous ensemble, dans un joyeux brouhaha.

La foule est dense dans l'enceinte du temple, et l'on se sent immédiatement happé par l'odeur de l'encens qui baigne l'endroit.

Chaque personne désireuse de rejoindre le cortège se prépare selon un ordre bien précis autour d'un autel improvisé comme celui-ci : le croyant y lave sa jatte, y procède à des libations utilisant le feu et la fumée, y prépare le lait et s'y maquille.

Une fois prêts, les participants s'alignent en attendant gentiment que le départ du temple soit lancé. Des autocollants numérotés permettent de reconnaitre les participants, comme dans les cross de nos années de primaires.

La cérémonie est principalement célébrée par la communauté tamoule de Singapour, mais cette dernière n'en a pas l'exclusivité, puisque nombre de chinois y participent aussi.

Les odeurs sont très fortes, celles de l'encens masquant toutes les autres : fleurs de jasmin dans les cheveux des femmes, guirlandes de marigold autour des pots, et sueur commune (Merci l'encens). En plus de la sueur tous les participants doivent prendre une douche avant de commencer, de sorte que chaque pression de la foule nous fait rencontré des corps plus ou moins moites. La préparation de leur rituel est un bonheur pour les yeux. On dispose d'abord tous les ingrédients sur des feuilles de bananiers. Puis on allume de l'encens, qui trouvera une grappe de banane pour socle. Ensuite on allume un petit charbon, et l'on fait des trucs de purifications qui nous paraissent, païens que nous sommes, aussi dérisoires que le signe de croix. On purifie les jattes avec la fumée (ça pique les yeux), puis on procède au remplissage de lait de manière très désordonné, comme si inonder le passage était normal. Certains participants se plongent également dans une transe via des incantations rythmées prononcées par eux-mêmes et des proches venus les assister. Ces chants étranges donnent une sorte de tempo à la foule, qui semble vibrer de plus en plus au fur et à mesure que les transes se multiplient. À environ minuit et demi, le départ est donné, et la foule se lance dans la rue.


Ce n'est pas visible dans la vidéo (à ce propos, s'il n'y a pas de son, c'est parfaitement normal), mais le périple est agrémenté de multiples stands de ravitaillement pour les marcheurs, en boissons et mets divers.

Nous ne suivrons hélas pas le cortège jusqu'au bout, pour cause de "y'en a qui bossent demain et il se fait tard", mais cela ne nous aura pas empêché de profiter pleinement de l'expérience... à noter que la présence de deux occidentaux un peu perdus dans le grand temple n'a choqué personne. L'un des nombreux avantages de la mixité singapourienne...

Sur ces bonnes paroles, bonne fin de weekend à tous, et à bientôt !